Scène de rue et poésie du mardi (14)

C’est Lady qui à choisi le thème cette semaine, elle demande un poème sur :

étangs -poissons-grenouilles- etc ou libre

L’étang

Que c’est une chose charmante
De voir cet étang gracieux
Où, comme en un lit précieux,
L’onde est toujours calme et dormante !
Mes yeux, contemplons de plus près
Les inimitables portraits
De ce miroir humide ;
Voyons bien les charmes puissants
Dont sa glace liquide
Enchante et trompe tous les sens.

Déjà je vois sous ce rivage
La terre jointe avec les cieux,
Faire un chaos délicieux
Et de l’onde et de leur image.
Je vois le grand astre du jour
Rouler, dans ce flottant séjour,
Le char de la lumière ;
Et, sans offenser de ses feux
La fraîcheur coutumière,
Dorer son cristal lumineux.

Je vois les tilleuls et les chênes,
Ces géants de cent bras armés,
Ainsi que d’eux-mêmes charmés,
Y mirer leurs têtes hautaines ;
Je vois aussi leurs grands rameaux
Si bien tracer dedans les eaux
Leur mobile peinture,
Qu’on ne sait si l’onde, en tremblant,
Fait trembler leur verdure,
Ou plutôt l’air même et le vent.

Là, l’hirondelle voltigeante,
Rasant les flots clairs et polis,
Y vient, avec cent petits cris,
Baiser son image naissante.
Là, mille autres petits oiseaux
Peignent encore dans les eaux
Leur éclatant plumage :
L’œil ne peut juger au dehors
Qui vole ou bien qui nage
De leurs ombres et de leurs corps.

Quelles richesses admirables
N’ont point ces nageurs marquetés,
Ces poissons aux dos argentés,
Sur leurs écailles agréables !
Ici je les vois s’assembler,
Se mêler et se démêler
Dans leur couche profonde ;
Là, je les vois (Dieu ! quels attraits ! )
Se promenant dans l’onde,
Se promener dans les forêts.

Je les vois, en troupes légères,
S’élancer de leur lit natal ;
Puis tombant, peindre en ce cristal
Mille couronnes passagères.
L’on dirait que, comme envieux
De voir nager dedans ces lieux
Tant de bandes volantes,
Perçant les remparts entrouverts
De leurs prisons brillantes,
Ils veulent s’enfuir dans les airs.

Enfin, ce beau tapis liquide
Semble enfermer entre ses bords
Tout ce que vomit de trésors
L’Océan sur un sable aride :
Ici l’or et l’azur des cieux
Font de leur éclat précieux,
Comme un riche mélange ;
Là l’émeraude des rameaux,
D’une agréable frange,
Entoure le cristal des eaux.

Mais quelle soudaine tourmente,
Comme de beaux songes trompeurs,
Dissipant toutes les couleurs,
Vient réveiller l’onde dormante ?
Déjà ses flots entre-poussés
Roulent cent monceaux empressés
De perles ondoyantes,
Et n’étalent pas moins d’attraits
Sur leurs vagues bruyantes
Que dans leurs tranquilles portraits. De : Jean RacineLettre à Mademoiselle Vitart

Pour illustrer ce poème et qu’il y ai un rapport avec scène de rue de Covix voici ce cliché

Il s’agit de l’étang de Ruffaud clic, dit aussi lac de Ruffaut (vu sa superficie sans doute) il est situé non loin des cascades de Gimel, en Corrèse. Cliché de mai 2015

 

56 réflexions sur “Scène de rue et poésie du mardi (14)”

  1. Quelle beau poème de Racine.

    En lisant je me suis dit, ce n’est pas possible, ce n’est pas notre chère Renée ?
    Ben, non, c’est Racine…

    Bisous ma belle et douce soirée
    Aimée

  2. Je ne peux faire autrement que d’aimer, Renée : nous avons fait le même choix ! Bravo pour ce deux en un quelle magnifique photo de cet étang !
    Bonne poursuite de ce mardi !
    Bisous♥

  3. Je laisse juste un petit com : vous êtes trois à avoir choisi ce beau poème de Racine! je viens de le voir chez tortue…
    Bonne journée

  4. marie des vignes

    Bonjour renée une belle poésie, j’aime bien les étangs, c’est tranquille, et s’il y a des canards dessus, des grenouilles c’est encore mieux Bisous et bonne journée MTH

  5. Finalement avec ce jour vous fais tous preuve d’imagination et aussi vous faites un beau travail de recherche pour ne pas tous faire la même chose , c’est super , bravo . Ton poème est très beau . La photo l’illustre fort bien .

    Bonne journée de mardi , pour moi demain coloscopie et fibroscopie ainsi cela m’évitera deux anesthésies .

    Je vais enfin savoir de quoi je souffre depuis des mois , mais on a le temps de mourir avant d’avoir un rendez-vous avec les spécialistes , 3 mois pour moi je trouve que c’est long quand même mais bon il faut faire avec , heureusement que je n’étais pas à l’article de la mort ha ha ha .

    Gros bisous marseillais à bientôt .
    (mamiekéké)

    1. merci renée, te souhaite bon courage pour demain. Oui c’est très long mais je pense qui si il y a danger il doivent faire plus vite…du moins je l’espère pour vous! Bisousss

  6. Bonjour,
    Un étang que je ne connais pas, mais au cadre bien agréable, il illustre à merveille ce poème de Racine que je découvre.
    Merci de ta participation.
    Bonne journée
    Bises

  7. Une très belle photo avec un merveilleux poème.
    Merci et bravo.
    Bon mardi, avec toujours avec un peu de soleil !
    Bisoux, ma renée ♥

  8. On dit que l’ eau c’ est la vie, c’ est peut être pourquoi j’ aime le ru , le fleuve , la mare comme le lac !
    En ce moment la vie reprend, grenouilles et crapauds ont déjà pondu leur chapelet d’ oeufs !
    Passe une bonne journée
    Bisous

  9. par chez nous les étangs ne manque pas, surtout quand on va dans la Bresse….jolie poème, agréable à lire….passe une bien douce journée

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