Poésie et scène de rue (de mer) 17

Le voyage (Emile Verhaeren)

Je ne puis voir la mer sans rêver de voyages.

Le soir se fait, un soir ami du paysage,
Où les bateaux, sur le sable du port,
En attendant le flux prochain, dorment encor.

Oh ce premier sursaut de leurs quilles cabrées,
Au fouet soudain des montantes marées !
Oh ce regonflement de vie immense et lourd
Et ces grands flots, oiseaux d’écume,
Qui s’abattent du large, en un effroi de plumes,
Et reviennent sans cesse et repartent toujours !

La mer est belle et claire et pleine de voyages.
A quoi bon s’attarder près des phares du soir
Et regarder le jeu tournant de leurs miroirs
Réverbérer au loin des lumières trop sages ?
La mer est belle et claire et pleine de voyages
Et les flammes des horizons, comme des dents,
Mordent le désir fou, dans chaque coeur ardent :
L’inconnu est seul roi des volontés sauvages.

Partez, partez, sans regarder qui vous regarde,
Sans nuls adieux tristes et doux,
Partez, avec le seul amour en vous
De l’étendue éclatante et hagarde.
Oh voir ce que personne, avec ses yeux humains,
Avant vos yeux à vous, dardés et volontaires,
N’a vu ! voir et surprendre et dompter un mystère
Et le résoudre et tout à coup s’en revenir,
Du bout des mers de la terre,
Vers l’avenir,
Avec les dépouilles de ce mystère
Triomphales, entre les mains !

Ou bien là-bas, se frayer des chemins,
A travers des forêts que la peur accapare
Dieu sait vers quels tourbillonnants essaims
De peuples nains, défiants et bizarres.
Et pénétrer leurs moeurs, leur race et leur esprit
Et surprendre leur culte et ses tortures,
Pour éclairer, dans ses recoins et dans sa nuit,
Toute la sournoise étrangeté de la nature !

Oh ! les torridités du Sud – ou bien encor
La pâle et lucide splendeur des pôles
Que le monde retient, sur ses épaules,
Depuis combien de milliers d’ans, au Nord ?
Dites, l’errance au loin en des ténèbres claires,
Et les minuits monumentaux des gels polaires,
Et l’hivernage, au fond d’un large bateau blanc,
Et les étaux du froid qui font craquer ses flancs,
Et la neige qui choit, comme une somnolence,
Des jours, des jours, des jours, dans le total silence.

Dites, agoniser là-bas, mais néanmoins,
Avec son seul orgueil têtu, comme témoin,
Vivre pour s’en aller – dès que le printemps rouge
Aura cassé l’hiver compact qui déjà bouge –
Trouer toujours plus loin ces blocs de gel uni
Et rencontrer, malgré les volontés adverses,
Quand même, un jour, ce chemin qui traverse,
De part en part, le coeur glacé de l’infini.

Je ne puis voir la mer sans rêver de voyages.
Le soir se fait, un soir ami du paysage
Où les bateaux, sur le sable du port,
En attendant le flux prochain dorment encor…

Oh ce premier sursaut de leurs quilles cabrées
Aux coups de fouet soudains des montantes marées ! Les forces tumultueuses, 1902

Cliché pris à Santorini en septembre 2000

Participation à la poésie de Lady (proposition du thème par  Tortue)

Et scène de rue de Covix

Allez, je craque pour ce court poème et, le rajoute :

En voyage
Quand vous m’ennuyez, je m’éclipse, 
Et, loin de votre apocalypse,
Je navigue, pour visiter
La Mer de la Tranquillité.
Vous tempêtez ? Je n’entends rien.
Sans bruit, au fond du ciel je glisse. 
Les étoiles sont mes complices.
Je mange un croissant. Je suis bien.

Vous pouvez toujours vous fâcher,
Je suis si loin de vos rancunes !
Inutile de me chercher :
Je suis encore dans la lune.

Jacques Charpenteau (poète né né aux Sables-d’Olonne le 25 décembre 1928)

50 réflexions sur “Poésie et scène de rue (de mer) 17”

    1. Merci Quichottine….c’était impossible de ne pas le mettre le 2…
      Pour info : aucun bug, tu reçois ces article si tu toujours abonnée à mon ancien blog de wordpress.com
      Je suis en train de reprendre en main cet ancien blog ou je ne mettrais que mes voyages, que je copie un a un, et les recettes, donc tu risque de recevoir encore pas mal de news! désolée du désagrément d’autant que je dois encore en recopié beaucoup..
      .Ici, tu vois mon blog auto hébergé http://envie2.be/………et ici tu vois l’ancien que je suis en train de reconstruire https://envie2blog.wordpress.com/et inclures les articles voyages qui y manquent.

  1. Quel magnifique poème célébrant le voyage et la mer et une superbe photo pour l’illustrer . On se plairait à embarquer illico pour des rives lointaines .
    Bonne soirée
    Bisous

  2. Emile Verhaeren! j’aime beaucoup ce poète, j’ai d’ailleurs un recueil de lui. Tu as fait un bon choix.
    Passe une bonne soirée.
    Bisous

    1. Merci Tortue…Santorin c’est beau mais bien trop touristique victime de sa beauté en été pas facile de circuler dans les ruelles, donc pas vraiment mon endroit préféré bien que ce soit à voir…Bisous

  3. Bonjour,
    Magnifique ces deux poèmes, il ne fallait pas s’en priver, le deuxième je le découvre.
    Merci pour ta participation, une invitation à voyager.
    Bonne journée
    Bises

  4. marie des vignes

    Bonjour Renée les deux poèmes sont très beaux et illustrent bien le défi ainsi que la photo. Bisous et bonne journée MTH

  5. Ah toi dès qu’un poème parle de voyage et de vacances, c’est sûr que ça te plait !!! mdrrrr
    Bien passé ton week end ?

      1. Héhé oui 😉
        Moi ça va ma foi, assez la course, mais demain glandouille un peu… c’est férié chez toi le 8 mai ? ça m’étonnerait mais bon… 😉

        1. Non pas férié chez nous pas de raison. Cours pas trop sinon t’arrive trop vite au bout…Donc c’est aujourd’hui que tu glandouille, cool pour une fois. Bisous Christophe glandouille bien

  6. Hello Renée
    Meme si je prefere la montagne, j’ai besoin de voir la mer. J’ai cette chance. Je vois les deux…. J’aimerai bien aller à Santorin
    Bon Mardi
    bizz
    Pat

  7. De belles découvertes que ces poèmes, sur le thème du voyage…cela donne envie de hisser les voiles 🙂 bisous et une douce journée

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