Poésie et scène de rue (20)

Pour la poésie de Lady dont le thème *Jardin* est proposé par aujourd’hui Covix

 

Le Jardinier et son Seigneur 

Un amateur du jardinage,
Demi-bourgeois, demi-manant,
Possédait en certain village
Un jardin assez propre, et le clos attenant.
Il avait de plant vif fermé cette étendue.

Là croissait à plaisir l’oseille et la laitue,
De quoi faire à Margot pour sa fête un bouquet,
Peu de jasmin d’Espagne, et force serpolet.
Cette félicité par un lièvre troublée
Fit qu’au seigneur du bourg notre homme se plaignit.
 » Ce maudit animal vient prendre sa goulée

Soir et matin, dit-il, et des pièges se rit ;
Les pierres, les bâtons y perdent leur crédit :
Il est sorcier, je crois. – Sorcier ? je l’en défie,
Repartit le seigneur : fût-il diable, Miraut,

En dépit de ses tours, l’attrapera bientôt.
Je vous en déferai, bon homme, sur ma vie.
– Et quand ? – Et dès demain, sans tarder plus longtemps.  »
La partie ainsi faite, il vient avec ses gens.
Cependant on fricasse, on se rue en cuisine.

 » De quand sont vos jambons ? ils ont fort bonne mine.
– Monsieur, ils sont à vous. – Vraiment, dit le Seigneur,
Je les reçois, et de bon cœur.  »
Il déjeune très bien ; aussi fait sa famille,

Chiens, chevaux, et valets, tous gens bien endentés ;
Il commande chez l’hôte, y prend des libertés,
Boit son vin, caresse sa fille.
L’embarras des chasseurs succède au déjeuné.
Chacun s’anime et se prépare :

Les trompes et les cors font un tel tintamarre
Que le bon homme est étonné.
Le pis fut que l’on mit en piteux équipage
Le pauvre potager : adieu planches, carreaux ;
Adieu chicorée et poireaux ;

Adieu de quoi mettre au potage.
Le lièvre était gîté dessous un maître chou.
On le quête ; on le lance : il s’enfuit par un trou,
Non pas trou, mais trouée, horrible et large plaie
Que l’on fit à la pauvre haie

Par ordre du Seigneur ; car il eût été mal
Qu’on n’eût pu du jardin sortir tout à cheval.
Le bon homme disait :  » Ce sont là jeux de prince.  »
Mais on le laissait dire ; et les chiens et les gens
Firent plus de dégât en une heure de temps

Que n’en auraient fait en cent ans
Tous les lièvres de la province.
princes, videz vos débats entre vous :
De recourir aux rois vous seriez de grands fous.
Il ne les faut jamais engager dans vos guerres,
Ni les faire entrer sur vos terres.    Poèmes de Jean de La Fontaine 
Illustré pour Covix et sa Scène de rue avec ce cliché, pris devant notre balcon


Et je ne résiste pas vous soumettre ce : polar du potager

Drame dans le potager
L’économe s’est fait voler
On lui a tout pris
Il n’a plus un radis
L’inspecteur La Binette
Vient mener l’enquête
Il interroge la courgette
Elle n’est pas dans son assiette
Le navet n’est pas là
Toujours au cinéma celui-là
Nom d’un gratin, mais quel mystère!
S’exclame la pomme de terre.
Je veux voir un avocat!
Hurle le rutabaga.
Dans le potager, c’est la foire d’empoigne
Quand tout à coup, en pleine macédoine,
Le radis perdu refait son apparition.
Il était parti aux champignons.

De Anne-Lise Fontan (auteur de livres pour la jeunesse) trouvée par hasard lors de mes recherches

48 réflexions sur “Poésie et scène de rue (20)”

  1. Merci pour ces fables poétiques !
    Il est vrai que la nature assure le plus souvent un équilibre que l’ humain ne respecte pas souvent !
    Tiens, j’ ignorais que dans mon potager se tenaient de tels discours !
    Passe une bonne journée
    Bisous

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